![]() |
|||||
|
Organisées tous les ans à Perros-Guirec, à la fin du mois de juillet, les régates à la voile donnaient lieu à une importante fête populaire. Les différentes compétitions attiraient de nombreux spectateurs venus des alentours pour regarder bateaux et baigneurs à partir de la jetée du port. La brillance de l'eau, les couleurs vives des voiles des barques de pêche et de plaisance, l'aspect comique des compétitions sportives, l'animation de la foule séduisirent le peintre qui revint sur le sujet à plusieurs reprises. En 1892, il en réalisa deux versions où les effets décoratifs tirés de l'écume de la mer sont particulièrement raffinés. En revanche, l'oeuvre de 1897 traduit chez Maurice Denis l'apparition de nouvelles préoccupations plastiques liées à l'organisation du tableau et à la perspective. L'utilisation des lignes rigoureuses et opposées de la jetée ouest et de la rampe d'accès au port exploite jusqu'au malaise la fuite des différents plans dont l'effet contrarié divise la composition en zones abstraites plutôt qu'il ne creuse la surface du tableau. La juxtaposition des différentes zones, ramenées en un même plan pictural, impose la simultanéité et l'équivalence du proche et du lointain, du fixe et du mouvant. Tout comme coexistent dans la vie, au même moment, les rumeurs de la fête et le silence du deuil, les joies physiques des jeunes nageurs prêts à plonger pour la course aux canards sont étrangement associées aux grandes silhouettes noires des paysannes penchées sur le vide. Traduction plastique des préoccupations esthétiques de l'artiste, les Régates semblent correspondre exactement aux notes prises dans son journal à la Pentecôte de cette même année: "qu'est-ce qui empêche que dans le même tableau (à condition qu'il soit d'une certaine taille, et que le sujet soit important) des effets différents se trouvent juxtaposés". Agnès Delannoy
|