MAURICE DENIS ET SON TEMPS
Ancien élève du lycée Condorcet, Maurice Denis commence, en 1887, des études d'art à l'académie Julian. Il y fait la connaissance de Paul Sérusier qui, grâce au Talisman, un petit tableau peint en Bretagne sous les conseils de Gauguin, transmet à ses camarades l'enseignement novateur du maître de Pont-Aven. Très vite, il participe avec ses amis Bonnard, Ibels et Ranson à la formation du groupe nabi auquel se joignent René Piot, K.-X. Roussel et Vuillard, puis Maillol et Vallotton un peu plus tard.
Denis, le plus jeune de tous, est aussi le plus apte à l'expression littéraire. C'est lui qui, dans un article de la revue Art et Critique, paru en 1890, publie la première Définition du néo-traditionnisme :
"Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées."
Sous l'influence de l'art japonais et des primitifs italiens, Maurice Denis peint d'abord d'une manière volontairement simplifiée, décorative, symboliste et presque archaïsante, où les formes, souvent onduleuses et dépourvues de modelé, s'apparentent à l'Art nouveau. Puis, son admiration croissante pour l'art de la Renaissance italienne et l'approfondissement de ses théories sur le "sujet dans la peinture" renforcent progressivement l'importance de la référence à la tradition classique dans son travail.
Dans cet Autoportrait devant le Prieuré, peint en 1921, mais qui reprend très étroitement un thème déjà abordé quelques années auparavant, il réutilise les données de la perspective traditionnelle pour représenter les lignes architecturales et rend aux formes un certain modelé tout en conservant une utilisation assez arbitraire des couleurs. La composition repose sur l'utilisation des tons complémentaires. Bien qu'il s'agisse vraisemblablement d'une scène d'été, il prête aux arbres un graphisme dépouillé, quasi hivernal, pour conserver sa visibilité à l'imposant bâtiment du XVIIème siècle dont il avait fait l'acquisition en 1914.
Maurice DENIS
Plage au bonnet rouge, 1909Placé au premier plan, à côté de son chevalet, il ne se représente pas en train de peindre mais tient un carnet de croquis à la main et scrute d'un regard intense le modèle (ou le miroir ?). À l'arrière-plan, debout sur la terrasse, Marthe, sa première épouse, décédée en 1919, accueille Élisabeth Graterolle, avec qui il se remaria en 1921, avec un geste analogue à celui d'une Visitation. À ses côtés, Noëlle, l'aînée des filles, s'accoude au parapet pour regarder Dominique et Jean-François jouant près du bassin. Plus loin, sur les marches du perron qui descend vers le jardin, Bernadette, Anne-Marie et Madeleine, les trois autres filles de l'artiste complètent ce tableau de la vie familiale préservée, selon la foi chrétienne, malgré la guerre et les deuils.