Édouard Vuillard (1868-1940)

JARDIN À L'ÉTANG-LA-VILLE
Vers 1908

Peinture à la colle sur carton 53,5 x 52 cm

cachet de l'atelier en bas à droite : É. Vuillard

Saint-Germain-en-Laye, Musée Départemental Maurice Denis "Le Prieuré"

(Inv. PMD 995.4.1)

Edouard Vuillard fit la connaissance de Maurice Denis et Ker-Xavier Roussel au lycée Condorcet et fut mêlé, dès l'origine, à la fondation du groupe nabi. Passionné par la peinture et les recherches picturales, il est, avec Bonnard et Roussel, moins concerné par le mysticisme de Sérusier, Ranson et Verkade .

La plupart de ses sujets sont puisés dans son environnement familier, portraits de ses proches, scènes de l'atelier de couturière de sa mère, vues de jardins familiaux ou pittoresque quotidien des rues de Paris.

Dès 1892, la réalisation de panneaux décoratifs pour Paul Desmarais lui offre la possibilité de concrétiser son désir d'intégration du décor dans l'architecture. L'emploi de la peinture à la colle pour la réalisation des décors du Théâtre de l'Oeuvre lui permet de donner aux panneaux de la salle à manger d'Alexandre Natanson l'aspect mat d'une fresque. Satisfait de l'effet décoratif obtenu dans Les Jardins publics (1894, Paris, musée d'Orsay), il peint désormais une partie de ses tableaux à l'aide de cette technique, qu'il utilise notamment pour le Jardin à l'Etang-la-Ville.

Le mariage de sa sœur avec Ker-Xavier Roussel et l'installation de celui-ci dans un village de campagne, à l'ouest de Paris, lui fournit le prétexte de nombreuses scènes de famille d'une sensibilité attachante. À plusieurs reprises, il évoque les réunions d'amis, le dimanche après-midi dans le jardin de Roussel : Maillol, Bonnard, Ranson, Denis, Sérusier, Vollard... y poursuivent de longues discussions artistiques et littéraires .

Souvent, Vuillard prend son Kodak et saisit un "instantané" de la scène... La comparaison entre certaines photographies et le petit tableau du Jardin est particulièrement intéressante : on y retrouve la même atmosphère mais l'opposition vigoureuse des parties ensoleillées et des zones d'ombre est traduite avec des couleurs douces et une matière mate très éloignées de la photographie. Soucieux néanmoins de restituer l'éblouissement provoqué par l'horizon ensoleillé, Vuillard évoque les lieux sans les représenter et sacrifie toute ressemblance précise à l'évocation de la lumière. De grandes rayures suggèrent la profondeur et rapportent le "souvenir" de la perspective dans une composition où tout repère spatial défini échappe au regard. Le traitement pictural apparaît encore proche de la période nabie par l'utilisation du support et la liberté des formes, schématiquement exprimées. C'est à peine si on distingue l'enfant qui grimpe dans l'arbre et si on devine que la position des bras de la figure de gauche rappelle probablement l'une de ces danses au tambourin fréquentes dans la peinture de Roussel. Évocation d'un souvenir réel et transposition picturale d'impressions lumineuses, cette œuvre évoque l'univers familial de Vuillard et les amitiés de sa maturité.

Agnès Delannoy

Emile BERNARD Pierre BONNARD Paul GAUGUIN George LACOMBE Piet MONDRIAN Paul-Elie RANSON Ker-Xavier ROUSSEL
Claude-Emile SCHUFFENECKER Paul SERUSIER Wladyslaw SLEWINSKI Felix VALLOTTON Jan VERKADE Edouard VUILLARD